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CR Journée d’études de l’AFEC du 11 Avril 2012

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La journée d’études « Débats et combats d’idées en Chine » organisée par l’Association Française d’Études Chinoises avec le soutien de l’Institut des Hautes Études Chinoises du Collège de France a eu lieu le Mercredi 11 avril 2012 au Collège de France (salle Claude Lévi-Strauss). Ce fut un grand succès et nous souhaitons remercier les intervenants ainsi que le public, nombreux, qui ont contribué à la réussite de cette journée. Vous trouverez ci-dessous un résumé des interventions et quelques photos.

9h00 Introduction par Samia Ferhat, présidente de l’AFEC, et Guillaume Dutournier

Président de séance : Vincent Durand-Dastès

9h15 Jean Levi : « Les lieux de débats en Chine ancienne : routes, académies et palais » Il est universellement admis que tandis qu’en Grèce l’éloquence vise avant tout à persuader un auditoire sur la place publique, en Chine elle s’adresse exclusivement à la personne du souverain. C’est cette opposition simpliste que nous nous proposons de battre en brèche, en montrant que les débats d’idées en Chine – tout au moins durant la période des Royaumes combattants – ne s’adressent pas exclusivement au souverain, mais qu’ils peuvent mettre aux prises toutes sortes de protagonistes et se dérouler dans de tous autres lieux que les cours princières. Les circonstances et la nature diverses des interlocuteurs ne manqueront pas d’avoir une incidence sur les formes de la persuasion.

9h45 Béatrice L’Haridon « La controverse dans le Mouzi 牟子 » Le Mouzi 牟子, ou les Doutes levés (理惑論) selon la belle traduction de Paul Pelliot, est la première « défense et illustration » en Chine du bouddhisme ; il est donc souvent étudié et cité comme un témoin crucial de l’introduction de cette religion en Chine, témoin sujet à caution cependant en raison des questions qui demeurent posées à propos de son authenticité (considéré comme datant du iie siècle de notre ère, il serait peut-être beaucoup plus tardif). Cette communication proposera une première approche des procédés rhétoriques mis en œuvre dans ce texte : sous le feu roulant des questions et objections, Mouzi fait flèche de tout bois, et est amené dans le processus de cette controverse à intégrer au cœur même de son argumentation les Classiques confucéens et le taoïsme philosophique. Il se situe ainsi dans une tradition du débat (bian 辨) explicitement reconnue, se référant notamment aux figures de Mengzi et de Lu Jia, mais développe dans le même temps une forme de synthèse intellectuelle lui permettant de rendre le bouddhisme acceptable aux yeux de ses contemporains, voire de les y convertir.

10h30 Stéphane Feuillas « Un conflit intérieur ? Culture de soi et doute chez Su Shi en 1098 » L’objet de cette présentation est de s’interroger sur la nature et les formes du conflit intérieur, souvent considéré comme absent dans la tradition chinoise ou à tout le moins « tu ». Pour ce faire, je partirai essentiellement d’un texte, « La Salle des mille merveilles » (Zhongmiao tang ji 眾妙堂記), écrit par Su Shi 蘇軾 (1037-1101) le 10 avril 1098 et dans lequel il semble remettre en question de fond en comble les méthodes, pour une large part liées à la maîtrise des arts, qu’il n’a cessé de dégager au cours de sa vie pour parvenir au naturel. À travers une lecture de ce texte, on essaiera de montrer que dans la perspective de Su Shi, les dimensions du doute et du débat intérieur sont en partie constitutives des « techniques de soi ».

11h00 Frédéric Wang « Histoire de la pensée chinoise : quels paradigmes ? » L’Histoire de la pensée chinoise d’Anne Cheng est sans doute l’ouvrage le plus important en langue occidentale dans le domaine de l’histoire des idées en Chine depuis la parution de la version anglaise du livre de Fung Yu-lan : A History of Chinese Philosophy (trad. Derk Bodde, 1952-1953). Les deux ouvrages présentent deux méthodes différentes : l’un aborde la pensée chinoise sous l’angle historique, l’autre dans une perspective plutôt philosophique. Ces deux approches continuent à co-exister dans la sinologie occidentale. Les récents travaux menés en Chine révèlent de nouveaux paradigmes de recherche sur le sujet. J’essaie d’en rendre compte à travers la présentation et l’analyse du Zhongguo jingxue sixiangshi 中國經學思想史 (2003-2010) édité par Jiang Guanghui 姜廣輝 et du Zhongguo sixiangshi 中國思想史 (1998-2000) de Ge Zhaoguang 葛兆光.

Présidente de séance : Samia Ferhat

14h00 Christian Lamouroux « À travers le Miroir : entre valorisation et dénonciation d’une controverse politique sous les Song » La communication présentera le conflit qui oppose à partir de 1069 Li Shizhong 李師中 (1013-1078), alors Gouverneur militaire du circuit du Qinfeng 秦鳳 et Préfet de Qinzhou 秦州 dans le Gansu actuel, à son subordonné, Wang Shao 王韶 (1030-1081). Dès la première année de son mandat de Grand conseiller, Wang Anshi 王安石 (1021-1086) avait en effet dépêché Wang Shao aux côtés de Li pour imposer, malgré l’opposition de celui-ci, la mise en valeur de nouveaux territoires dans la région du He-Huang河湟. Cette polémique sur la politique frontalière permettra d’aborder les formes que revêtait alors la controverse politique, mais aussi de réfléchir à celles que l’historien Li Tao李燾 (1114-1183), résolument anti-réformateur, choisit de lui donner un siècle après les événements dans la Version longue de la Suite au Miroir pour l’Aide au Gouvernement, la principale source sur cette affaire.

14h30 Xavier Paulès « Le débat de 1836-1838 sur l’opportunité de légaliser l’opium » Le débat de 1836-1838 au sein de la haute administration chinoise représente un moment justement célèbre parce qu’il est à l’origine de l’envoi de Lin Zexu à Canton fin 1838 et donc de la première guerre de l’opium. Ce débat peut être interprété comme l’affrontement de deux factions rivales soutenant des conceptions radicalement opposées : prohibitionnistes contre partisans d’une légalisation assortie de taxation. Pourtant, il ne s’agit là que d’une simplification. En réalité, l’essentiel des débats porte moins sur l’opportunité que sur les modalités de la prohibition. Nous montrerons aussi que le débat a été un moment-clé de l’histoire de l’opium en Chine, en particulier dans le registre des représentations.

15h15 Xiaohong Xiao-Planès « État et entrepreneurs de PME en Chine : Li Kangnian et les débats sur les dingxi (intérêts fixes) au printemps 1957 » Li Kangnian dirigeait trois PME shanghaïennes qui fabriquaient des serviettes-éponges, des chaussettes et des horloges. À l’hiver 1956-1957, il critiquait les modalités du rachat des entreprises privées, en demandant à l’État de prolonger la durée de paiement aux capitalistes des intérêts fixes (dingxi) de 7 à 20 ans et de changer les formes de leurs distributions. Ces propositions suscitèrent au printemps 1957 de vives discussions dans tout le pays. Au-delà de la question de la valeur réelle des entreprises, ces débats remettaient profondément en cause la politique de transformation du milieu des marchands et des industriels.

15h45 Alain Roux « Le conflit Mao Zedong-Liu Shaoqi. Le tournant décisif de la conférence des 7000 cadres en janvier 1962 » La communication s’articulera autour de quatre thèmes : 1° La collaboration sans faille de Yan’an à la fin de la guerre civile. 2° La lente détérioration de la collectivisation à la grande famine. 3° La conférence : l’intervention de Liu le 11 janvier et l’intervention de Mao le 30 janvier. 4° L’irrésistible marche à la rupture : octobre 1962-janvier 1965.

16h15 Discussion générale


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