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Les travailleurs chinois en France - entretien avec Li Ma

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Entretien réalisé en septembre 2012 avec Li Ma (maître de conférences à l’Université du Littoral Côte d’Opale), suite à la parution aux éditions du CNRS, de l’ouvrage Les travailleurs chinois en France dans la Première guerre mondiale.

Pourquoi la parution d’une première synthèse sur l’histoire des travailleurs chinois en France durant la Grande Guerre intervient-elle seulement en 2012 ?

En fait, des ouvrages en langue anglaise ont été publiés à différentes périodes, et on compte même un livre important par un chercheur taïwanais dans les années 1980. Mais il n’y avait pas d’ouvrage en français. L’absence de livre en langue française, de livre de synthèse je veux dire, est assez étonnante et je n’ai pas non plus d’explication. Il faut noter que même si ce livre paraît en France, nous avons également une version en chinois en préparation, et une version anglaise va suivre. L’originalité de cette conférence, c’est que nous avions des spécialistes provenant de nombreux pays et différentes disciplines, et surtout, utilisant des sources très variées, en anglais, en français, en chinois. Mais évidemment, une conférence en France sur le sujet était tout à fait légitime et attendue, puisque les travailleurs chinois en question étaient stationnés dans ce pays.

Qu’est-ce que ce livre nous apprend de nouveau sur ces travailleurs chinois ?

La principale nouveauté, c’est surtout que la recherche sur le sujet est dynamique. Cette conférence a contribué à stimuler le renouveau des recherches. On a pu voir des jeunes chercheurs de plusieurs pays utiliser de nouvelles archives et exposer des nouveaux résultats. C’était avant tout cet aspect qui était intéressant. L’autre nouveauté, c’est que l’on peut dire que le sujet n’est pas encore clos, et qu’il reste beaucoup à faire. Mais en dehors des quelques études sur des sujets bien précis, comme l’étude des publications des travailleurs chinois (des journaux), celle du transport de certains groupes de travailleurs via le Pacifique, le Canada puis l’Atlantique, ou encore celle de l’art produit par les travailleurs, ce qui est important, c’est de mettre ensemble tous ces éléments pour commencer à avoir un tableau général. Dans cette veine, on compte quelques tentatives, comme par exemple la synthèse en fin d’ouvrage de Mme Bastid. Ce qu’on peut dire sur ce point, de façon générale, c’est qu’il existe un fil conducteur entre les travailleurs et le mouvement du 4 mai et la modernisation chinoise qui a suivi.

Quel a été l’impact à court et moyen terme de cet envoi de travailleurs dans l’histoire chinoise ?

C’est également une question en débat. Je ne vais pas proposer de réponse définitive sur le sujet, parce que certains auteurs avaient l’air de dire que c’était quelque chose de primordial au moment de la guerre, tandis que d’autres ont dit que leur impact a été nul. Donc il y a les deux extrêmes. Ce qu’on peut dire, en essayant d’être neutre, c’est que pendant la guerre leur contribution a été relativement minime. Sur le déroulement de la guerre, ils ont aidé mais cela n’a pas été décisif, la guerre aurait été sans doute la même sans eux. Mais par contre, l’impact en Chine, lui, est réel. Parce que ces travailleurs ont été un pont entre les masses populaires et les intellectuels chinois. En outre, ils ont apporté quelques « graines » pour les mouvements sociaux et les revendications qui ont suivi. Ensuite (de façon un peu annexe) les travailleurs sont la preuve vivante que la Chine a participé aux efforts de guerre pendant la Première guerre mondiale, mais ils ont été oubliés pendant la conférence de Versailles en 1919. Le Shandong qui avait été occupé par les Allemands, au moment de la Conférence de Versailles, a été attribué aux Japonais au lieu de retourner à la Chine. C’est cela qui a déclenché le mouvement du 4 mai.

Li Ma (dir.), Les travailleurs chinois en France dans la Première guerre mondiale, Paris, CNRS, 2012.

Résumé

Cent quarante mille Chinois ont travaillé en France pendant la Première Guerre mondiale. Cette histoire est restée longtemps méconnue du public. Que faisaient-ils dans cette « guerre européenne » ? Comment ont-ils été recrutés et transportés ? Où se trouvaient-ils, et pour quoi faire ? Que sont-ils devenus ? Quel est héritage de cette expérience ? L’ensemble de ces questions, par leurs multiples ramifications, touche non seulement à l’histoire de la Grande Guerre, mais aussi à l’histoire de la Chine. Cet épisode s’inscrit dans une période décisive de l’histoire mondiale : la Conférence de paix de Paris a déclenché le « Mouvement du 4 mai » (1919), soulèvement patriotique, considéré comme l’acte de naissance de la modernité chinoise. Cet ouvrage, le premier en langue française qui fait œuvre de synthèse, réunit les recherches les plus récentes sur le sujet, en s’appuyant sur des documents originaux, archives et sources primaires chinoises, et en pré- sentant des témoignages inédits. Li Ma est maître de conférences à l’Université du Littoral Côte d’Opale. Historienne et sinologue, ses publications portent sur l’histoire et la philosophie politique, sur le développement économique de la Chine, ainsi que sur la Grande Guerre et les travailleurs chinois. Elle a notamment publié l’ouvrage Pouvoir et philosophie chez Zhu Yuanzhang ; despotisme et légitimité (2002). Des chercheurs de neuf pays, et des spécialistes de l’histoire des travailleurs chinois et de la Grande Guerre, issus de différentes disciplines (histoire, sinologie, linguistique, japonologie, science politique, archéologie et anthropologie, littérature comparée, droit et économie, ainsi que des spécialistes de muséographie), ont contribué à cet ouvrage.


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